Ceux que le quartier a oubliés

 

Dans chaque coin de rue, y’a des fantômes vivants. Des visages qu’on croisait tous les jours, et qu’un jour, on ne voit plus. Personne ne demande. Personne ne cherche. Le quartier oublie vite.

Y’a le gars qui traînait tout l
e temps au terrain de basket, toujours avec un sourire, même quand la vie lui mettait des crochets. Aujourd’hui, il est allongé quelque part, peut-être en taule, peut-être malade, peut-être juste fatigué de courir après des rêves qu’on lui a volés trop tôt.

Y’a aussi la mère célibataire, toujours au front pour ses gamins. Elle vendait des beignets le matin, des habits l’après-midi. Une vraie guerrière. Et maintenant ? On entend juste dire : "Elle est partie au village." Mais on sait tous que partir, ça veut dire fuir. Fuir la honte, fuir la galère, fuir un système qui t’écrase lentement.

Et puis y’a les jeunes qui ont glissé. Un pied dedans, un pied dehors. Jusqu’au jour où t’apprends qu’ils ont été embarqués, ou pire, qu’on les a descendus. Silence. Juste des bougies, des larmes furtives, et puis on passe à autre chose.

Le quartier ne pardonne pas l’échec. Il applaudit la réussite, même la plus sale, mais il détourne les yeux quand ça va mal. C’est ça le drame. On vit ensemble, mais on tombe seul.


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